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Malta in the International Press

23-10-2015 PARTICIPEZ AU GRAND PRIX DE MDINA France

Imaginez un peu:

Vous êtes en train de vous battre avec Coppola, le scottish de votre compagne. Ce sale rat à poil dru est train de se masturber sur les sièges de votre Triumph Herald. Votre téléphone sonne. C’est l’office du tourisme de Malte. Ils vous proposent, à vous, de participer au Grand Prix de Mdina…

Une fois raccroché, votre premier réflexe est d’appeler cette prof d’espagnol de terminale qui vous avait garanti que vous resteriez un mécréant toute votre vie. Puis, par acquit de conscience, vous allez sur Google pour vous assurer que Malte n’est pas un état situé dans une contrée glaciale, subissant le joug d’un dictateur sanguinaire et mal coiffé. Vérification faite, c’est un ensemble d’îles situé 93 kilomètres en dessous de la Sicile et 288 à droite de la Tunisie. Ah, et ils font partie de l’Europe.

 

Direction Mdina la silencieuse

Le bateau vous dépose à la Valette. De la mer, la vue de cette ville fortifiée vous ferait presque oublier le périple de 1500 kilomètres qui vous a fait traverser toute l’Italie.

Une fois la voiture sur la terre ferme, vous foncez en direction de Mdina à 15 minutes de là. Chaque fois que vous demanderez votre route, les habitants vous rétorqueront en haussant les épaules que c’est à 15 minutes. Dans les faits, avec 425 000 habitants, Malte est le cinquième pays le plus dense du monde. Ajoutez 300 000 voitures, un système de transport empirique, une totale allergie pour tout ce qui est bus, train ou vélo et vous obtiendrez une île constamment embouteillée où rien, absolument rien, pas même votre boulanger, ne se trouve à 15 minutes…

Maintenant sorti de la capitale, les mœurs automobiles maltaises vous obligent à vous concentrer sur votre conduite. Ils ont, à l’instar des conducteurs turcs pourtant assez éloignés, la mauvaise habitude de circuler sur plusieurs voies. Même lorsqu’il n’y en a pas.

La route enfin dégagée, vous jetez un oeil au paysage. Des champs de terre sèche entourés de murets de pierres, avec des bâtisses cubiques au centre de chaque parcelle. Bof…

Enfin, vous distinguez au loin l’ancienne capitale. Ses remparts couleur sable se tiennent droit et fiers, perchés au sommet d’un plateau entouré de champs. Ils furent bâtis par les Berbères lorsqu’ils prirent la ville aux Byzantins, qui la tenaient des Ostrogoth, eux-mêmes en ayant hérité des Romains qui l’avaient volée à ses fondateurs, les Phéniciens. Après les Arabes viendront les Normands, puis les Espagnols, l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, qui au passage fera de Malte une île hôpital, Bonaparte qui expulsera ces derniers et finalement les Anglais qui bouteront les Français hors de là. De ces mésaventures diverses, les Maltais en ont conservé quelques temples mégalithiques, 350 églises, beaucoup de maisons de maître, un anglais châtié et une passion pour les automobiles qui perdent de l’huile.

Étonnamment, en dépit de toutes ces conquêtes, les Maltais ont aussi conservé leur incroyable langue sémitique qui s’écrit en latin et leur naturelle bonhomie, faisant d’eux des gens extrêmement accueillants et impossibles à comprendre lorsqu’ils parlent dans leur langue maternelle.

Une large porte donne l’accès au cœur de la ville bourgeoise. En passant dans la cour du musée d’histoire naturelle, un gouffre laisse entrevoir ses fondations, véritable mille feuilles historique qui englobent les restes de bâtiment des civilisations précédentes. Les rues moyenâgeuses de Mdina vous laissent admirer les bâtisses érigées par les nobles de l’île en quartiers mêlant style baroque et construction médiévale. Malte, c’est ça: quoi que vous fassiez, à chaque pas, vous ressentez les siècles d’histoire qui ont façonné la culture de l’île.

Vous décidez finalement de vous rendre au concours d’élégance qui lance les festivités. Sur la place principale de la ville, le plateau est hétéroclite. Une Minor côtoie une SS1 et une Alfa 2000 spider, le tout entre une cabine téléphonique anglaise et une cathédrale monumentale. La plupart des voitures présentes participent aussi au Grand Prix. Et pratiquement toutes présentent un état proche du neuf. Même lorsque vous-vous approchez des raretés de l’île, comme la Turner Sports, la Frankenhealey (conversion V8 d’une 100/4) ou la Swallow Doretti, les propriétaires n’hésitent pas à vous abreuver de détails et d’anecdotes.

Entre une Rover 2200 TC qui n’affiche que 20 000 kilomètres, achetée neuve et transmise de père en fils, une camionnette Austin, dont le montant de la restauration dépasse de 10 fois sa valeur ou encore cette Opel, restaurée par un particulier qui a patiemment façonné sur son tour chacune de ses pièces, vous devez faire un choix, votant, comme tout le public pour récompenser l’un de ces passionnés.

 

Impossible de ne pas visiter le musée de Carol Galea!

Le lendemain, vous vous rendez tout au nord (à 15 minutes de Mdina) pour visiter le Malta Classic Car Museum qui présente la plus grosse collection d’automobiles de l’île. Au sous-sol d’un discret café, dans un immeuble anodin de banlieue, Carol, propriétaire de la collection, vous attend pour vous guider. Car les autos de Carol ne sont rien sans les histoires qui les accompagnent.

Et des histoires, l’homme en possède un plein chapeau. Il commence par vous présenter sa Jaguar Type C, celle de Stirling Moss, qui a participé au Mans avec lui. Il reste imperturbable lorsque vous objectez qu’une vraie Type C n’est pas faite de fibre de verre…

Plus loin il vous présente sa Bugatti type 57, une vraie, mais qui a été trouvée sans suspension et sans moteur. C’est à ce jour la seule Bugatti avec freins à disques et moteur de MGB. Puis vous passez devant la Sunbeam du tournage de James Bond, qui, comme par miracle, a décoloré en blanc, et arrivez sur un prototype de Panhard 24 CT deux temps dont vous n’avez pas le droit d’ouvrir le capot. Vous terminerez la visite amusé, autour d’un café, écoutant Carol vous raconter l’histoire de l’automobile Maltaise.

 

Premier jour de course: Les qualifications

A midi, vous retrouvez Mdina la silencieuse sous un autre jour: au pied de ses remparts raisonnent les échappements libérés des gentlemen drivers qui se préparent aux tours de qualification. Un à un, ils vont s’élancer sur les 2,2 kilomètres du circuit en contrebas de la ville.

La direction du grand prix décide de vous permettre de participer à la course convenablement et vous met à disposition une Triumph GT6. Bande d’inconscients. Après avoir vérifié que l’auto n’appartient pas à un parrain de la mafia locale, vous rappelez votre prof d’espagnol puis commencez à réaliser: Vous ne connaissez pas ce circuit qui tôt ce matin était encore une route ouverte au public, vous ne connaissez que théoriquement cette voiture qui est une Herald, avec le double de puissance. Certes, vous n’en êtes pas à votre première course, vous avez perdu 15 années de suite la Solex Cup de Sillans la cascade, fourni une prestation pitoyable lors du Carb’Rehab et ne parlons même pas des rallyes de régularité, où vous aviez perdu tous vos moyens, lorsque passager d’une A110, son pilote s’était escrimé à tenir la moyenne imposée de 50 Km/h, dans la neige…

Sanglé dans la GT6, vous patientez derrière une Chevron, une affreuse TR3 modifiée en pompe à incendie, une TVR 1600M, une Fiat 500 Abarth et une Nissan 260Z.

C’est votre tour: vous débouchez sur la piste, prêt à partir.

 

Vert, vous vous élancez plein gaz!

Nom de §#@¤!

A peine la ligne passée, vous entrez dans une descente de 300 mètres qui serpente entre de vieux bâtiments de pierre. En temps normal deux voitures ne pourraient pas s’y croiser… C’est un long gauche, qui vous fait zigzaguer pour éviter les murs. Pour vous mettre en confiance, la voiture enchaîne les trois virages en commençant par glisser allègrement de l’arrière. Droite, gauche, droite, vous êtes à 90 km/h, vous ne pouvez pas toucher les freins car votre suspension trop souple ferait perdre l’équilibre à l’auto, ce serait le mur assuré.

En bas, un long droite débouche sur un rond-point en devers, suivi par un bout de ligne droite qui vous conduit dans un virage à 90 degrés. Ensuite, la portion rapide du circuit, seul endroit où les dépassements sont autorisés.

Afin de réduire la vitesse, elle est entrecoupée par trois chicanes. Vous atteignez 110 entre chacune. Comme les concurrents qui vous ont précédé, vous recherchez le moindre dixième de seconde en les passant. D’ailleurs, certains ne sont pas entièrement passés, laissant une traînée de paille et quelques morceaux dans les chicanes. Décidément, ils ne sont pas là pour plaisanter!

A chaque chicane, la GT6 perd son adhérence et se rattrape à un ou deux centimètres du trottoir qui borde la route. Vous sentez vos racines de cheveux se dresser sur votre crâne.

Suivent un virage serré à droite, puis un long gauche en dévers qui débouche encore sur un rond-point. Le droit est abordé sur les freins, puis le long gauche est avalé en troisième, la voiture survirant légèrement avant d’attaquer la montée qui mène à la ligne d’arrivée. Composée de quatre légères courbes qui s’enchaînent, vous passez au ras du mur de la première pour frotter les branches de l’olivier qui borde la seconde. Le six cylindres en ligne crache ses derniers chevaux. A la troisième courbe, prise à la corde, une pierre fait bondir l’auto qui rattrape de justesse son adhérence dans le dernier virage. Vous regardez votre compteur: 140. Une glissade à 140, devant la ligne d’arrivée, devant le public qui semble toutefois en avoir vu d’autres. En un tour, votre vie est passée sous vos yeux au moins dix fois. Loin d’être un circuit d’amusement, le Grand Prix de Mdina est un mélange incroyable de course de côte et d’étape de rallye. Vous commencez à comprendre pourquoi tant de monde parcourt l’Europe afin de se livrer bataille ici, au volant de voitures exceptionnelles, en chemise et pantalon à pinces.

Lorsque vous retrouvez les pilotes dans le carré VIP qui surplombe le circuit, l’ambiance est à la rigolade en sirotant du champagne ils revivent leurs exploits sur la piste.

Durant le second tour de qualification, vous tentez de vous améliorer sans toutefois risquer le tout pour le tout: comme l’ont malencontreusement expérimenté quelques pilotes avant vous, la moindre erreur peut se solder par un hiver de mécanique.

Résultat du classement: vous êtes 55ème sur 70. Entre une Mini Cooper et une Fiat 500 Abarth. Même une B14 aurait fait mieux que vous…

Après ce fort moment d’adrénaline, vous décidez de profiter de votre dernière soirée pour errer dans Birgu. A 15 minutes de Mdina, ce quartier ancien de la Valette célèbre tous les ans durant une semaine l’anniversaire de l’indépendance de l’île en parsemant ses rues ancestrales de chandelles.

 

Jour de course

Avec toute la meilleure volonté du monde, il vous serait impossible d’expliquer clairement les règles du Grand Prix de Mdina. En gros, les voitures sont rangées par catégorie de performance, par temps au tour effectué lors des qualifications et par configuration. Dans les faits, les pilotes sont regroupés par vagues de 8, effectuant 4 tours, deux fois dans la journée. Le premier peloton est composé exclusivement de femmes. Claire Beswick en TR6, alias Pénélope Jolicoeur, n’hésitera pas à prendre un tour à celle qui fermait le peloton dans sa type E roadster flambant neuve.

C’est votre tour, avec les autos non préparées pour la course. Vos concurrents sont en TVR 1600M, en réplique de Type C, TR3A, MGB GT, Midget, Spitfire, Fiat 850 Sport et même en Fiat 500 Abarth.

Vous partez en milieu de peloton. Diable, à peine le premier rond-point passé, la MG B GT, la Midget et la 500 vous collent au train. Il en va de votre honneur. Dès la première ligne droite, la puissance et le poids de la Triumph devraient remettre tout le monde dans les rangs. Hélas, les choses ne se déroulent pas comme prévu. Légèrement enthousiaste, vous ratez votre freinage, mettez la GT6 en travers tandis que la MGB, la Midget et la 500 vous font l’intérieur. Quelle reprise! Elles vous déposent littéralement dans le premier bout droit. Furieux, vous poussez votre mécanique, franchissez la chicane à fond de cale pour revenir au moins derrière la Fiat 500. Passée la deuxième chicane, vous profitez de la route qui se dégage pour reprendre la 500 et la Midget. Le pilote de la MGB a pris l’air pour aller chercher des poux à la Marcos et à la type C qui se battent en tête. Avant la montée des stands, la Midget revient dans votre rétroviseur: Sa petite taille et son essieu rigide font merveille sur cette partie sinueuse. Heureusement, un coup de 6 cylindres et vous voilà hors de portée. Devant, les positons changent peu: il est interdit de doubler sur cette section trop sinueuse. Malgré tous vos efforts vous n’arrivez pas à rejoindre la B pourtant quelques dizaines de mètres devant. C’est amusant: toutes ces autos sont complètement différentes pourtant la compétition est serrée. Vous avez la sensation de revivre ces courses officieuses des années 60.

Une course de gentleman driver. Qui veut courir peut s’inscrire. Pour un passionné d’automobiles anciennes, c’est un moment exceptionnel. Enfin il est possible d’assister à une vraie compétition entre tous ces modèles qui font notre quotidien de collectionneur. Heureux de profiter de ce moment assis dans un baquet vous maintenez un rythme rapide sur les derniers tours afin de conserver votre position.

A peine sorti du circuit vous profitez d’une bière pour retrouver vos compagnons de bataille. Vous félicitez le pilote de la Fiat 500 dont la performance s’est révélée étonnante. Il confesse volontiers avoir eu quelques sueurs froides.

Sur les quatre tours suivants, seules deux autos combattent pour la victoire de la catégorie « Transformées hors période »: la Frankenhealey et une Fisher Fury, petite barquette anglaise mue par un moteur de Suzuki Hayabusa. Diantre, vous n’auriez pas misé un euro sur cette dernière, pourtant, partie en tête, elle est presque revenue derrière la Healey et s’apprête à la dépasser au bout du troisième tour.

Les sessions suivantes seront plus classiques: toutes les autos vont s’affronter par 8. Alfa Giulia, MG B, TR3, TR4, TR6, Vitesse, Fiat 500, Lotus Elan et Minis en pagaille. Parmi ces concurrents, quelques-uns seront amusants à regarder: Joseph Calleja, au volant d’une vraie Sting Ray préparée d’usine, tentera toute la journée de faire tourner cette enclume surpuissante. Ivan Farrugia, alias « Ivan Benz », passera tout son temps à maintenir les travers de son coupé 280 CE, au son de son 6 cylindres épuisé par cette épreuve à laquelle il n’a jamais été destiné. Mauro Porteli au volant d’une Alfa GTV extrême n’arrivera pas à esquiver la paille de la première chicane, l’expédiant tout droit dans le trottoir au bout d’un tour.

Puis arrivent les derniers pelotons:

Les pré-war, avec une compétition inégale entre une B14, une BSA et une Riley. La BSA finira l’épreuve dans un nuage de fumée bleue avec deux tours de retard sur la Riley.

Enfin, la course pour la première place rassemble une barquette Chevron, une Lotus 23B, deux Escort groupe B… une Mini, une Alfa Spider et Honda Civic, légèrement modifiées pour tenir le rythme endiablé des quatre autres. L’une des deux Escort s’efforce tellement de tenir de rythme endiablé du duo Chevron / Lotus qu’à chaque fois qu’elle passe devant les stands, une nouvelle saignée est apparue dans sa coque. En tête, le duel pour la première place est anthologique: Collées l’une à l’autre, la Lotus et la Chevron n’auront de cesse de se dépasser l’un l’autre, tout en doublant les autres concurrents. Jusqu’au dernier centimètre du circuit, la Chevron semblait se prédestiner à la victoire, jusqu’à ce qu’elle soit reprise par la Lotus de Roberto Runza sur la ligne d’arrivée!

 

Source: www.auto-reverse.com

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